Des monts d’Aubrac aux garrigues du Languedoc

Le très vieil itinéraire quitte la via Podiensis de Compostelle (voie du Puy-en-Velay) au niveau de la ville d’Aubrac pour gagner les gorges du Tarn à Sainte-Énimie via Nasbinals, la Canourgue et le causse de Sauveterre. De là, traversant le causse Méjean, le chemin de Saint-Guilhem atteint Meyrueis, puis le massif du mont Aigoual (sommet 1 567 m), avant de plonger vers le Vigan. Il franchit plus loin le cirque de Navacelles et remonte sur le Larzac pour rejoindre Saint-Guilhem-le-Désert par le val du Verdus et Notre-Dame-de-Lieu-Plaisant.

La variante bifurque sur l’Aubrac à la croix de la Rode et plus loin après la Canourgue vers les Vignes. Elle longe la rive gauche du Tarn en fond de gorge jusqu’au Rozier pour remonter ensuite sur le causse Méjean et rejoindre l’itinéraire principal à Meyrueis.

Origine du chemin de Saint-Guilhem™

À l’origine voie de transhumance ovine du temps où les troupeaux n’étaient pas encore domestiqués, elle fut plus tard dénommée « grande draille d’Aubrac » qui reliait l’arrière-pays montpelliérain au plateau volcanique de l’Aubrac. Les bergers conduisaient chaque saison leurs bêtes depuis les garrigues desséchées jusqu’aux fraîches et verdoyantes pâtures de l’Aubrac.

Dès le haut Moyen Âge, les voyageurs l’empruntent : en témoigne la fondation en 1002 de l’hospice de Notre-Dame-de-Bonahuc (aujourd’hui ruines de Notre-Dame-du-Bonheur), près du mont Aigoual, où six chanoines augustins assuraient la sauvegarde des voyageurs contre dangers et tempêtes.

Le chemin assurait dès le XIe siècle la communication des plaines littorales avec les grandes foires du Vigan et de Meyrueis (qui perdurent encore de nos jours).

L’existence tumultueuse de Guillaume d’Orange, preux chevalier de l’empereur Charlemagne (qui a inspiré une célèbre chanson de geste aux troubadours), prit fin à l’abbaye de Gellone, après une retraite consacrée aux dévotions. Il fut canonisé sous le nom de saint Guilhem. Une relique de la Sainte Croix étant conservée à Gellone, un important flux de pèlerins s’y rendait, descendant du nord et de la via Podiensis de Compostelle pour rejoindre ensuite au sud la voie d’Arles qui les conduisait à Rome vers l’est, ou à Saint-Jacques en passant par l’ouest.

Les incertitudes du XVe siècle (épidémies, guerre de Cent ans) et les guerres de Religion (XVIe siècle) viendront tarir le flot des pèlerins. Le camin Romieu restera fréquenté par les marchands jusqu’à la fin du XVIIe siècle puis sera délaissé au profit des nouvelles routes royales carrossables, aménagées par l’intendant du roi au moment de la guerre des Camisards (1685-1710).

Jusqu’aux années 1960, les troupeaux transhumants l’emprunteront encore jusqu’en Aubrac.

De nos jours, seule la partie sud (des garrigues jusqu’à l’Aigoual et Meyrueis) est encore pratiquée par plusieurs troupeaux transhumants.

L’itinéraire actuel du chemin de Saint-Guilhem s’inscrit presque totalement dans le périmètre du bien inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco au titre de l’agropastoralisme méditerranéen.