L’ermitage Notre-Dame-du-Lieu-Plaisant

Patrimoine Bâti
Principale
Coordonnées GPS : 43.754093 3.542604

L’ermitage Notre-Dame-du-Lieu-Plaisant, dont la présence est attestée depuis le XIVe siècle, est un petit sanctuaire accroché à la roche. Situé au cœur d’un paysage ruiniforme (calcaire dolomitique) recouvert d’une garrigue odorante, à plus d’une heure de marche du village de Saint-Guilhem-le-Désert, c’est un îlot de fraîcheur. Remarquablement abritée du vent et du soleil parfois très rude qui frappe le massif, une petite chapelle et ses dépendances blotties au creux d’un rocher accueillent le visiteur.

 

La naissance de l’ermitage

La modestie des lieux et leur isolement sont ceux voulus par leur fondateur, un certain Jean d’Albe, laïque du diocèse de Lodève. Celui-ci construit un humble ermitage auquel fut donné le nom de Lieu-Plaisant.  Désireux de donner à son œuvre cette stabilité qui devait en assurer la perpétuité à travers les âges, il demanda au Pape Benoît XIII la permission d’y élever un autel consacré à la Sainte-Vierge. Une bulle du pape lui a donné l’autorisation en 1395.

Consacrée à la Vierge, la chapelle fut dotée d’une cloche et placée sous la tutelle de la paroisse Saint-Barthélemy, c’est-à-dire sous la dépendance de l’abbaye de Saint-Guilhem.

Depuis, la cloche originelle a été remplacée et le bâtiment fut agrandi. Une salle, sorte de refuge pour les ermites, y est rapportée au rez-de-chaussée. Un caveau utilisé pour l’ensevelissement des défunts des lieux est creusé à même le roc.

La maison des moines, devenue par la suite agrandissement de celles des ermites, et aujourd’hui restaurée, formait un rectangle. Elle était équipée d’une écurie, d’une cave et d’un magasin. Sept pièces constituaient le premier étage. Cette construction remonte au XVIIe siècle.

Ces lieux, pour le moins insolites dans ces monts escarpés ciselés par d’innombrables anfractuosités rocheuses, ne furent certainement pas choisis au hasard par son fondateur : l’aménagement de ce recoin de montagne est dû essentiellement à la présence d’une petite source, qui coule goutte à goutte contre la paroi rocheuse située derrière le sanctuaire. Sans cette bénédiction de la nature, point sans doute d’ermitage dans ces lieux, encore moins ce chemin têtu qui serpente dans la montagne à sa rencontre.

 

Les ermites

L’ermitage, qui comptait seulement deux ermites en 1631, connut toutefois une fréquentation régulière d’épris de solitude et de fervents dévots et cela jusqu’à la Révolution qui changea quelque peu la donne. Les lieux se prêtant particulièrement à la prière et à la méditation connurent au total des années 1500 à 1860 le nombre de vingt-trois « pieux solitaires », ces fameux « frères » dont la combe voisine porte le nom.

Comme dans tous les monastères, le temps libre de ces ermites, hormis celui consacré à la prière et à la contemplation selon le rite de Saint-Benoît, était employé non seulement à la culture des maigres terres alentour (vigne, potager, oliviers) mais aussi à diverses tâches à l’égard des populations locales des villages, fermes et hameaux. Celles de soigner les malades, de porter les derniers sacrements aux mourants, voire « désinfecter » de la peste.

Jusqu’en 1860, les lieux de Notre-Dame-du-Lieu-Plaisant connurent une fréquentation régulière de contemplatifs voués à la stricte cause religieuse. Mais celle-ci, de façon consécutive au déclin de l’abbaye de Saint-Guilhem (Gellone) dont les moines dispersés dans le village ne respectaient plus aucune règle, s’aligna quelque peu sur des modes de vie moins stricts.

 

Processions

L’abbé Léon Vinas, conscient de cette décadence, rétablit quelque peu la crédibilité du sanctuaire en faisant sceller en 1844, sur le chemin qui grimpe de Saint-Guilhem, quatorze croix. Ce « chemin de croix » redonne à l’ermitage une nouvelle vocation, renforce entre autres la ferveur locale et l’invite à conserver de bien vieilles traditions de processions. Les habitants de Saint-Guilhem conservent toujours ces traditions et continuent de nos jours à consacrer deux processions à l’Ermitage. Chaque lundi de Pâques, les habitants se rendent en ce lieu sacré pour remercier la Vierge de sa protection contre la peste en 1628. Ils empruntent une seconde fois le chemin sinueux jusqu’à l’ermitage le deuxième dimanche d’octobre, pour accomplir le vœu fait en 1724, en pleine crue du Verdus (le ruisseau qui traverse Saint-Guilhem-le-Désert) pour obtenir la protection de Notre-Dame contre l’inondation.

Photo: Thierry Raspail

Photo: Thierry Raspail